TCE- 29 Mai 2005 : quand un ancien Résistant, Maurice Kriegel-Valrimont, cédait la place, et avait confiance en ses cadets…

maurice-kriegel-valrimontDemain, Germaine TILLION, Geneviève ANTHONIOZ de GAULLE, Pierre BROSSOLETTE et Jean ZAY entreront au Panthéon. Et rien ne me fera plus plaisir en ce jour que l’honneur qui est rendu ainsi à des femmes , éléments essentiels de la Résistance trop souvent ignorés…

En ce jour, j’aimerais faire entendre la voix de ce grand Résistant qu’était Maurice Kriegel-Valrimont. Pourquoi? Parce qu’en 2005, j’ai interrompu la série d’interviews que j’étais en train de mener avec ceux qui appelaient à la commémoration du 60° anniversaire de la Résistance parce qu’il me semblait urgent de nourrir le débat sur le TCE, réduit à néant par les médias classiques(  et grâce soit rendue à Aligre FM qui m’a permis d’inviter ceux que j’ai invités, partisans du Non, pour contrebalancer ce qu’on entendait ailleurs). Ils avaient noms Lucie Aubrac, Raymond Aubrac , Henri Bartoli , Daniel Cordier, Philippe Dechartre , Georges Guingouin, Stéphane Hessel , Maurice Kriegel-Valrimont , Lise London, Georges Séguy , Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey. Ils étaient treize, et ne sont plus que deux, Georges Séguy et Daniel Cordier, tous rattrapés par le temps.

Faut-il rappeler qu’en 2004, ni le Monde, ni Libération n’ont accepté de publier leur appel? Que la honte soit sur eux le jour où ils chougnasseront dans leurs colonnes sur les derniers Résistants, eux qui ont conchié le flambeau que nous tendaient ceux qui ont lutté, au risque de leur vie, pour notre liberté !

J’admire Maurice Kriegel-Valrimont pour bien des choses, mais il en est une dont je lui suis infiniment gré : d’avoir accepté de nous laisser la place, à nous, jeunes générations, alors que tant d’autres s’accrochent à leurs places, d’avoir eu foi en nous!  Nous étions en Mars, et le débat sur le Traité Constitutionnel faisait rage – ou plutôt le débat avait lieu de façon souterraine, pour déborder les médias à l’époque à 80% pour le Oui, comme quasiment tous les partis politiques…Je tentais une dernière question auprès de Maurice Kriegel-Valrimont, pour faire un pont entre ce dont nous avions parlé et l’actualité brûlante… Une question un peu oblique, je l’avoue… mais il a tout de suite compris… Et voici sa réponse, admirable :

« Pascale Fourier : Pour vous, quel est le cadre dans lequel doit s’exprimer, justement, cette souveraineté populaire, cette capacité de chacun des citoyens à s’exprimer ?

Maurice Kriegel-Valrimont  : Sur ce plan je passe le relais… Je vais avoir très rapidement 91 ans, ce n’est pas à moi de le dire… J’ai le droit d’avoir une opinion là- dessus, mais cela dépend des gens qui vont faire la suite. En 1944, nous avions 30 ans, et nous avons fait ce qu’il y avait à faire. Y compris sur le plan que vous évoquez. Maintenant, c’est à ceux qui ont 30 ans de le faire. Et non seulement je ne prétends pas leur dicter ce qu’ils ont à faire, d’une certaine manière je me l’interdis parce que c’est à eux que ça appartient. En ce qui me concerne je n’ai pas de doutes au sujet du fait qu’ils trouveront les solutions adéquates. Il faut se rappeler que quelques semaines avant le déclenchement des événements de 68, celui qui était à l’époque le meilleur observateur de la politique française, Viansson-Ponté, disait explicitement : « Il se passe rien, il se passe rien, il ne peut rien se passer ». Et quelques semaines après, vous aviez l’énorme phénomène de 68. Donc il faut se méfier des prévisions un peu trop hâtives… En ce qui me concerne ma seule crainte est d’ordre physiologique. Je n’ai pas, en ce qui me concerne, la garantie sur ce plan de voir les prochaines étapes dans leur déroulement. Je le regrette vivement et je serais très intéressé par cela. Mais ce que je pense, c’est que dans ce domaine, une fois que les questions deviennent celle d’un grand nombre de gens, – et ça commence à être le cas- , les solutions finissent par se dégager.

Alors si j’ose dire et là je m’adresse à tous ceux qui ont ces âges-là : A eux de jouer! »

Le 29 mai 2005, il faut le rappeler, 54.7% des Français ont voté NON. En 2008, avec la complicité du Parti Socialiste qui s’était abstenu au Congrès de Versailles sur la révision de la Constitution que nécessitait la ratification du Traité de Lisbonne, Nicolas Sarkozy faisait passer ce qu’il nommait un  « Mini-traité », copie conforme du TCE, dont la version consolidée (i-e, lisible) était trouvable en librairie au lendemain de son adoption : on avait compris que le peuple pouvait être un peuple émancipé, capable de lire, comprendre, analyser; il fallait lui couper l’herbe sous les pieds, et le spolier de son droit à l’expression en faisant avaliser par le Parlement ce qu’il avait repoussé par les urnes. On ne mesure pas encore ( parce que ce vote a immédiatement était mis sous l’étouffoir, et que s’interroger aurait été questionner la réalité de la démocratie en France) les conséquences de ce déni de souveraineté du peuple  dans le rejet de la classe politique et la suspicion envers les médias….

Mais Maurice Kriegel-Valrimont, c’était une force, une joie profonde, l’espoir chevillée au corps. Donnez-vous le bonheur de l’écouter,  en ces temps sombres, peut-être à nouveau pour certains…

15 Mars 2005 Maurice Kriegel-Valrimont Quand des Résistants nous transmettent le flambeau…3/4

 

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